vendredi 20 janvier 2017

Projet "Empreintes de femmes"

Gravure au carborundum - A. Chenu

L’ombre sanguine
D’une sirène alanguie
A peine dévêtue d’une saison transparente
S’imprime sur la paroi de la grotte
En un câlin d’œil
Pour l’éternité.

Jean Gennarro

mardi 17 janvier 2017

Fuir la géométrie - Gravure sur zinc - A. Chenu

Beaucoup d'heures de travail pour peu de résultats
Une eau-forte qui demande que je m'y remette: probablement une aquatinte et un polissage pour plus de relief... A suivre...
En attendant j'ai rehaussé de pastels à l'huile deux des 5 tirages d'état

Fuir la géométrie - T.E.n°5 -  A. Chenu - Eau forte

Fuir la géométrie - T.E.n°2 -  A. Chenu - Eau forte

Fuir la géométrie - T.E.n°3 -  A. Chenu - Eau forte

lundi 16 janvier 2017

Projet "Empreintes de femmes" avec un nouvel auteur

Monotype - A. Chenu


Une main cherche à tâtons
Dans l’obscur
Encore une raison d’y croire
Et ce fol espoir qui prend forme
Nous laisse entrevoir
A travers des brumes de sang
Les contours flous d’un monde renaissant.

Jean Gennarro

dimanche 15 janvier 2017

Nuit de la lecture - Dernière partie de la nouvelle

Amnésie mortelle ou le père d'Anna - Annick Chenu - 2nde partie

Antonietta regarde sa montre. Vingt minutes. Elle est partie depuis vingt minutes.
James l’attend, assis dans la cuisine devant son assiette refroidie.
    -Où étais-tu passée ?
La réponse lui vient presque naturellement tant elle l’a dite et redite dans la voiture.
     -J’avais oublié que les enfants devaient aller passer le week-end chez leurs cousins.
     -Oublier ? C’est vraiment toi ça ! Si tu notais tous tes rendez-vous dans un agenda, ça n’arriverait pas !
Antonietta le regarde. Combien de fois cette scène s’était-elle répétée ? Mais aujourd’hui, en matière d’oubli,  James l’a surpassée ! Elle s’énerve :
     -Et toi ? Tu ne m’as toujours pas dit ce que tu avais fait de ta journée !
     -Et bien, j’ai…dit James en portant machinalement la main vers sa poche pour y prendre son agenda.
     -Non ! Laisse ce truc là où il est !
    -J’ai…reprend James en reposant la main sur la table. Il fronce les sourcils. Je ...
Il jette un œil à sa femme. Est-ce qu’elle sait ?
    -Je ne me rappelle pas ! Avoue-t-il dans un murmure.
Antonietta ne le quitte pas des yeux.
   -Tu ne te rappelles rien ? Rien du tout ? dit-elle doucement.
James secoue la tête. Elle a soudain pitié de lui. Pour James le méthodique, dans la vie duquel le hasard n’a pas de place, cette amnésie doit être la fin du monde.
    - Il est tard chéri. Prends un somnifère et va te coucher. Cela ira mieux demain.
Le somnifère. C’est ce que James a trouvé de mieux pour plier son sommeil aux horaires fixés par son agenda. Il se laisse faire comme un tout petit. Il murmure juste :
    -Tu ne te couches pas ?

Antonietta retourne dans la cuisine, vide l’assiette de James dans la poubelle : il n’a rien mangé. Elle met en marche le lave-vaisselle puis éteint la lumière. Elle a accompli ces tâches au ralenti, l’esprit totalement vide. Dans le salon, la télé marche toujours : les enfants ont oublié de l’éteindre avant de partir.
Elle revoit le visage de son fils. Qu’aurait-elle pu lui dire pour faire taire toutes ces questions qu’elle a lues dans ces yeux ? Rien ! Elle doit régler le problème de James toute seule ; et cela, avant le retour des enfants !

Dans son lit, James, entre deux sommeils, pense à Antonietta. Comme elle était bizarre ce soir ! Se trompe-t-il ou il lui a  fait peur en rentrant ? Comme si elle ne l’attendait pas… Et que penser de ce trou de mémoire ? Peut-être avait-il un rendez-vous ce soir ? Cela expliquerait la surprise de sa femme. Il se lève péniblement pour prendre son agenda. Vendredi 25 janvier 1991 : aucun rendez-vous après 19h. Les lettres vacillent devant ses yeux. Il se concentre. Problème : il ne se rappelle pas avoir rencontré Barnabé, monsieur Martin ou mademoiselle Smith comme le laisse supposer son carnet. Il retourne s’allonger sur son lit.
Voyons… Il s’est levé à 7h. Il a pris son petit déjeuner : des œufs, du bacon, une tasse de café et un yaourt, il s’en souvient. Il lutte contre l’engourdissement qui s’empare de son corps. Il est monté se raser. Il s’est habillé. A 8h il a réveillé les enfants. Il a allumé la télé pour regarder les nouvelles. Enfin, avant de partir, il a monté son petit déjeuner à Antonietta. Un baiser à toute la famille et il a ouvert la porte.
Il lutte contre le somnifère. Il a refermé la porte, descendu les deux marches du perron et s’est dirigé vers le bord du trottoir. Il a traversé et… Le néant du sommeil l’emporte.

La sonnerie du téléphone le tire d’un cauchemar. Il a décroché le combiné lorsqu’Antonietta se rue pour le lui arracher des mains.
    -Allo !... Jos ? Mais oui tout va bien !... Je suis occupée, on se verra lundi.
Elle raccroche avant que James n’ait pu parler.
   -Mais enfin qu’est-ce qui te prend ? s’exclame-t-il.
Antonietta prend sa respiration :
    -Tu ne peux pas lui parler ! Tu lui ferais du mal !
    -Depuis quand est-ce que je fais du mal à mon fils quand je lui parle ? dit James en se contrôlant du mieux qu’il peut.
    -Depuis que tu es mort ! Hurle Antonietta. Depuis que tu es mort hier matin à 9h02. Devant la maison. Renversé par un chauffard qui a pris la fuite !
   -Tu es complètement folle ! dit James effaré.
   -Je sais que ce n’était pas écrit dans ton fichu agenda, James… Mais c’est arrivé ! TU ES MORT !!!...
Un étrange accent de victoire s’étrangle dans sa gorge.
Egaré, James contemple sa femme.
    -Va voir à la morgue ... ou téléphone au docteur Lambert ! Lui dit Antonietta redevenue calme.
    -Mais c’est absurde ! dit-il. Tu me vois aller à la morgue et dire au gars : excusez-moi monsieur mais pourrais-je voir mon corps ?.... Il secoue la tête puis soudain sourit : O.K. chérie, c’est une très bonne blague ! Un peu macabre peut-être mais une bonne blague.
Il tend la main vers sa femme.
    - Tu es une bonne actrice, tu sais ?
Antonietta recule.
   -Ne me touche pas ! Tu es mort !  Tu es …
James s’arrête. Inquiet il parle doucement :
-       D’accord, si tu veux on va aller voir le docteur. Ou même je veux bien visiter la morgue : je n’ai jamais vu comment c’était.
-       C’est vrai ? tu veux bien, murmure Antonietta dans un souffle.
-       Oui la morgue puis le docteur, dit James conciliant.
Le couple s’habille en silence. Antonietta prend bien garde à ne pas toucher son mari qui soupire tristement. Les rues sont désertes en ce dimanche matin. Une fine pluie se met à tomber quand ils arrivent à la morgue de l’hôpital situé à un bloc de leur maison. L’employé de garde les accueille d’un regard somnolant. Quand ses yeux tombent sur James, il se redresse d’un seul coup. Antonietta ne lui laisse pas le temps de parler :
-       Pouvez-vous nous conduire à la chambre mortuaire s’il vous plait ?
L’employé bafouille de manière incompréhensible et les précède dans les couloirs gris. James commence à se sentir mal à l’aise. Cet homme et sa femme semblent partager un secret qu’il ignore. Il les suit, se sentant de plus en plus lourd. Arrivés dans une grande salle, Antonietta et le vigile s’arrêtent devant un mur de tiroirs. L’employé ouvre celui en bas à droite ; Antonietta jette un coup d’œil et se retourne vers son mari. James s’approche. Dans le tiroir il fait face à son reflet gris. Il se touche et la mémoire lui revient. Il ouvre la bouche mais son cri disparaît avec lui. L’employé et la femme se regardent. D’un accord tacite ils décident que personne n’aura vent de cet épisode.

Antonietta rentre chez elle. Prostrée, elle passe la journée sur le canapé. Vers 8h du soir, elle se lève et se dirige vers la fenêtre. Elle contemple la silhouette de son défunt mari dessinée sur le bitume devant sa maison. Une lumière clignotante apparait au coin de la rue. Elle tourne la tête: c’est le camion nettoyeur. Hypnotisée, elle regarde les brosses effacer le tracé à la craie. Sous le réverbère, l’asphalte luit. Elle soupire. Tout est enfin fini.
Elle appellera Sam dès ce soir. Sam n’a ni montre, ni agenda.
Sam l’écrivain. Sam le poète. Sam son amant… Sam, le chauffard !

Sam, le père d’Anna.


Matrice carborundum sur zinc "Volupté" - A. Chenu

samedi 14 janvier 2017

Nuit de la lecture: une nouvelle en 2 parties à lire ce week-end

Amnésie mortelle ou Le père d’Anna. Annick Chenu - 1ère partie

La grande salle à manger est plongée dans l’obscurité. Une lumière bleue coule du petit salon où les enfants regardent la télévision. Antonietta Conrad, blottie sur le canapé, soupire et ramène ses jambes contre sa poitrine. C’est une femme de trente ans, grande et mince avec juste ce qu’il faut de rondeurs pour faire sortir James de son emploi du temps chronométré.
« James ! » Antonietta ferme les yeux et pousse un gémissement. Ses boucles de cheveux sombres recouvrent ses genoux.
Elle relève la tête. Quelqu’un vient de sonner à la porte d’entrée. Elle se déplie lentement et va ouvrir.
Dans l’encadrement de la porte se dresse la silhouette d’un homme de grande taille. Ses épaules cachent la lumière de la rue, déserte à cette heure tardive. Antonietta allume la lampe du couloir et recule, en proie à une peur panique.
James rentre chez lui comme chaque soir. Occupé à s’excuser d’avoir oublié ses clés, il ne remarque pas la stupeur qui se peint sur les traits de sa femme.
« James ! Comment pouvait-il…? » Songe-t-elle tout en reculant dans la salle à manger.
        -Chérie ? C’est quoi cette forme dessinée sur la chaussée ? Un accident sans doute ? demande-t-il en se déshabillant dans l’entrée.
Antonietta reste sans voix. « Comment James a-t-il…oublié ? » Elle aspire une gorgée d’air avant de demander :
     -James ? Qu’as-tu fait aujourd’hui ?
James passe la tête par la porte, surpris.
     -Quelque chose ne va pas chérie ?
Antonietta articule de nouveau :
    -JAMES QU’AS-TU FAIT AUJOURD’HUI ?
    -C’est bien la première fois que tu t’intéresses à mon travail. Qu’est-ce qui t’arrive ?
Il s’approche pour l’embrasser.
Antonietta court se réfugier dans la cuisine, laissant son mari, les bras tendus, devant le canapé. Elle remplit un grand verre d’eau au robinet et l’avale d’une traite. Elle le repose sur l’évier hors d’haleine. Comment James a-t-il pu revenir ? Comment peut-il vouloir l’enlacer ? Elle frissonne à cette pensée ; surtout qu’il ne la touche pas !
Elle a un sursaut. Les enfants ! L’empêcher de s’approcher des enfants ! Elle court vers le petit salon : James n’y est pas. Jos regarde toujours son dessin animé débile, Anna serrée contre lui. Elle se souvient alors que James prend toujours une douche en rentrant du travail. Après, seulement, il va voir les enfants. Elle s’est souvent demandée si James n’a pas noté sur son agenda les heures exactes des baisers accordés à chacun. Elle a détesté cet agenda jusqu’ici ; mais aujourd’hui elle le bénit.
     -Les enfants, montez dans votre chambre préparer vos affaires. Vous allez dormir chez vos cousins ce week-end.
Jos lève un regard interrogateur sur sa mère mais il entraîne sa sœur sans un mot.
Antonietta les suit. C’est la solution. Les éloigner. Elle trouvera bien ce qu’il faut faire d’ici lundi. Mais elle doit être seule avec James. Et puis les enfants ne comprendraient pas. Comprenait-elle quelque chose elle-même ?
Dans la voiture, le silence règne. Antonietta, les doigts crispés sur le volant, fixe la route. Jos ne quitte pas sa mère des yeux. Il a plein de questions en tête que sa bouche n’ose pas formuler. Anna s’est endormie à l’arrière, son nounours contre elle. Elle en a de la chance, elle, d’être encore un bébé ! Car Jos est devenu adulte par la force des choses. Ne plus poser de questions auxquelles personne n’apportera de réponses : c’est ça être adulte. Et, depuis ce qui est arrivé à son père, les silences n’en finissent pas de s’additionner. Quand ils se quittent, il ne réussit même pas à dire à sa mère la petite phrase qu’il s’est répété durant le trajet :
    -ça ira maman ?

Il s’en veut. Lundi, il lui dira. Sûr, lundi il lui dira. Il regarde les feux arrière de la voiture disparaître dans la nuit.

Carborundum - A. Chenu

vendredi 13 janvier 2017

Amours sylvestres - A. Chenu - Technique mixte

Il était une fois un tirage raté: la pression de la presse était trop forte et la matrice en zinc a été déformée et  le plastique en dessous déchiré. Aie! le papier aussi.
Tentative d'un autre tirage pour voir les effets obtenus avec une plaque tenant plus de la tôle ondulée que de la matrice. Ce tirage là était intéressant mais pas utilisable directement.
Quelques mois dans le purgatoire de l'atelier et aujourd'hui: illumination!
Rehaut de pastels secs pour commencer puis courageusement, les pastels à l'huile.
Vint ensuite la recherche du titre: évasion dans la forêt amazonienne, bateau, voile...
Mon compagnon passant par là et voulant aider: deux peupliers qui font l'amour?
C'est une voile, tu ne l'a pas vue?
Cependant un peu de tendresse par les temps qui courent...
Alors pourquoi pas "Amours sylvestres"?
On va dire que mon bateau a pris racine, un retour aux sources en quelque sorte. La forêt le prenant tendrement dans ses lianes.

Amours sylvestres - A. Chenu